Catastrophes naturelles, sécheresses ou inondations, ou encore
cyclones tropicaux , ce sont des images associées au phénomène
climatique EL Nino, et nul pays ne semble y échapper à degré
divers. Mais, en fait, qu’en est-il ?
“ El Coriente d’El Nino ” (le courant de l’Enfant-Jésus, tel
que le définissaient les pêcheurs péruviens et équatoriens)
était un courant chaud qui se manifestait au moment de Noël
et perdurait quelques mois (pendant l’été austral). Ses eaux
chaudes remplaçaient les eaux habituellement plus froides, et les
prises étaient moins nombreuses. Parfois, ce réchauffement
durait plus longtemps -un an ou plus- et, dans les années 50-60,
à partir des travaux du britannique Sir Walker du début du
siècle, on s’aperçut que, ces années-là, le
réchauffement n’était pas seulement côtier mais intéressait
tout le Pacifique équatorial.
Ce réchauffement est le résultat du déplacement
de l’immense réservoir d’eaux chaudes du Pacifique occidental (températures
de l’océan supérieures à 28°C) vers le Pacifique
Central et oriental sous l’effet des coups de vent d’ouest à l’équateur
près de la Papouasie - Nouvelle Guinée. Il entraîne
un affaiblissement des alizés dans la partie Est du bassin et un
arrêt des remontées d’eaux froides vers la surface. Dans son
déplacement vers le Pacifique Central, le réservoir d’eaux
chaudes entraîne avec lui la zone de précipitations maximum
(grande convection atmosphérique) et influence l’atmosphère
qui réagit par un affaiblissement des alizés sur la partie
est du bassin. En conséquence, les températures de surface
se réchauffent en même temps sur la côte américaine,
car les remontées d’eaux froides des couches plus profondes de l’océan
sont plus faibles, voire inexistantes.
L’événement de cette année atteint une ampleur
exceptionnelle comparable à l’événement qui s’était
déroulé en 1982-83. Cette année, El Nino a eu ses
premières manifestations très tôt, puisqu’en mars -
avril les mesures du satellite TOPEX/POSEIDON montraient de façon
très nette une élévation inhabituelle du niveau de
la mer le long de l’équateur à travers tout le Pacifique.
Dès les mois de juillet et août, les anomalies chaudes de
la température de surface (écart par rapport aux moyennes
saisonnières) atteignaient 4 à 5°C dans la partie est
du bassin Pacifique et le long des côtes sud-américaines.
En même temps, la zone de précipitations maximum (zone
de grande convection atmosphérique) s’est déplacée
vers le centre et l’est du Pacifique, avec le réservoir d’eaux chaudes.
Les conséquences se sont faites rapidement sentir sur les îles
indonésiennes et la Papouasie - Nouvelle Guinée qui ont été
atteintes par de graves problèmes de sécheresse entraînant
des débuts de famines en certains endroits. L’hiver austral le long
des côtes de l’Amérique du sud a été très
doux et pluvieux.
Mais El Nino a eu des conséquences plus lointaines car il a
perturbé la circulation atmosphérique tropicale. Ainsi il
est en partie responsable du déficit pluviométrique en Afrique
de l’ouest pendant les mois de juillet à septembre, comme cela s’était
passé pour l’événement de 1982-83.
Mais si l’El Nino 97 a été précoce dans son démarrage,
il a gardé toute sa vigueur et est actuellement à son pic
de puissance. Les risques existent donc toujours. On a ainsi observé,
depuis le début novembre, trois cyclones tropicaux sur les îles
du Pacifique Central (îles Cook et certaines îles de la Polynésie
française) des régions qui ne sont pas affectées par
les cyclones tropicaux en période normale. Les pluies sont abondantes
(voire diluviennes) sur les côtes de l’Equateur, Pérou et
Californie du sud, et la sécheresse sévit sur l’Australie.
Grâce aux observations par satellites et des réseaux de bouées
météo - océaniques, grâce aussi aux observations
effectuées par les navires de commerce et aux prédictions
des modèles numériques qui arrivent à donner des indications
fiables à plus de 6 mois, l’El Nino de cette année est bien
suivi. Si on ne peut éviter les caprices climatiques d’El Nino,
les recherches sur sa prévision et sur ses impacts permettent de
prévenir et ainsi d’atténuer ses effets néfastes.
Contact : Yves du Penhoat, LEGOS / GRGS, 14 avenue E. Belin, 31401
Toulouse Cedex 4, France