Le phénomène El Nino de 1997-1998

 Catastrophes naturelles, sécheresses ou inondations, ou encore cyclones tropicaux , ce sont des images associées au phénomène climatique EL Nino, et nul pays ne semble y échapper à degré divers. Mais, en fait, qu’en est-il ?
“ El Coriente d’El Nino ” (le courant de l’Enfant-Jésus, tel que le définissaient les pêcheurs péruviens et équatoriens) était un courant chaud qui se manifestait au moment de Noël et perdurait quelques mois (pendant l’été austral). Ses eaux chaudes remplaçaient les eaux habituellement plus froides, et les prises étaient moins nombreuses. Parfois, ce réchauffement durait plus longtemps -un an ou plus- et, dans les années 50-60, à partir des travaux du britannique Sir Walker du début du siècle, on s’aperçut que, ces années-là, le réchauffement n’était pas seulement côtier mais intéressait tout le Pacifique équatorial.
Ce réchauffement est le résultat du déplacement de l’immense réservoir d’eaux chaudes du Pacifique occidental (températures de l’océan supérieures à 28°C) vers le Pacifique Central et oriental sous l’effet des coups de vent d’ouest à l’équateur près de la Papouasie - Nouvelle Guinée. Il entraîne un affaiblissement des alizés dans la partie Est du bassin et un arrêt des remontées d’eaux froides vers la surface. Dans son déplacement vers le Pacifique Central, le réservoir d’eaux chaudes entraîne avec lui la zone de précipitations maximum (grande convection atmosphérique) et influence l’atmosphère qui réagit par un affaiblissement des alizés sur la partie est du bassin. En conséquence, les températures de surface se réchauffent en même temps sur la côte américaine, car les remontées d’eaux froides des couches plus profondes de l’océan sont plus faibles, voire inexistantes.

L’événement de cette année atteint une ampleur exceptionnelle comparable à l’événement qui s’était déroulé en 1982-83. Cette année, El Nino a eu ses premières manifestations très tôt, puisqu’en mars - avril les mesures du satellite TOPEX/POSEIDON montraient de façon très nette une élévation inhabituelle du niveau de la mer le long de l’équateur à travers tout le Pacifique. Dès les mois de juillet et août, les anomalies chaudes de la température de surface (écart par rapport aux moyennes saisonnières) atteignaient 4 à 5°C dans la partie est du bassin Pacifique et le long des côtes sud-américaines.
En même temps, la zone de précipitations maximum (zone de grande convection atmosphérique) s’est déplacée vers le centre et l’est du Pacifique, avec le réservoir d’eaux chaudes. Les conséquences se sont faites rapidement sentir sur les îles indonésiennes et la Papouasie - Nouvelle Guinée qui ont été atteintes par de graves problèmes de sécheresse entraînant des débuts de famines en certains endroits. L’hiver austral le long des côtes de l’Amérique du sud a été très doux et pluvieux.
Mais El Nino a eu des conséquences plus lointaines car il a perturbé la circulation atmosphérique tropicale. Ainsi il est en partie responsable du déficit pluviométrique en Afrique de l’ouest pendant les mois de juillet à septembre, comme cela s’était passé pour l’événement de 1982-83.
Mais si l’El Nino 97 a été précoce dans son démarrage, il a gardé toute sa vigueur et est actuellement à son pic de puissance. Les risques existent donc toujours. On a ainsi observé, depuis le début novembre, trois cyclones tropicaux sur les îles du Pacifique Central (îles Cook et certaines îles de la Polynésie française) des régions qui ne sont pas affectées par les cyclones tropicaux en période normale. Les pluies sont abondantes (voire diluviennes) sur les côtes de l’Equateur, Pérou et Californie du sud, et la sécheresse sévit sur l’Australie.
 
Grâce aux observations par satellites et des réseaux de bouées météo - océaniques, grâce aussi aux observations effectuées par les navires de commerce et aux prédictions des modèles numériques qui arrivent à donner des indications fiables à plus de 6 mois, l’El Nino de cette année est bien suivi. Si on ne peut éviter les caprices climatiques d’El Nino, les recherches sur sa prévision et sur ses impacts permettent de prévenir et ainsi d’atténuer ses effets néfastes.
 
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