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Lettre pigb-pmrc France n°14 - Changement global
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cette période froide qui a atteint son paroxysme entre 1550 et 1700, la température était, tout au moins en Europe de
l'Ouest, d'au moins un degré plus froide que notre 20ème siècle. A l'inverse, le début du dernier millénaire, époque à
laquelle le sud du Groenland était une terre hospitalière, était relativement plus chaud. Difficile dans ces conditions
d'affirmer que le réchauffement que nous vivons actuellement est bien lié à l'augmentation de l'effet de serre dû aux
activités humaines. L'effet de serre l'augmente et le climat se réchauffe mais il y a-t-il bien relation de cause à effet ? A
cette question, le premier rapport du GIEC répond que «l'importance du réchauffement observé est grossièrement
cohérente avec les prédictions des modèles climatiques mais qu'elle est aussi comparable à la variabilité naturelle du cli-
mat. Le réchauffement observé pourrait donc être dû à cette variabilité naturelle». Il y a une dizaine d'années, au
moment du sommet de Rio, la réponse des scientifiques était donc «on ne sait pas». Mais elle a fortement évolué grâce
à un ensemble de résultats scientifiques nouveaux qui permettent aux experts du GIEC d'indiquer dans le rapport 1995
«qu'un faisceau d'éléments suggère une influence perceptible de l'homme sur le climat global».
Un premier obstacle est levé. Jusqu'alors si on tient compte de l'augmentation des gaz à effet de serre depuis le début
de l'ère industrielle, les modèles d'évolution du climat prédisent un réchauffement voisin de 1°C. C'est le double de
celui observé, estimé alors à une valeur comprise entre 0.3 et 0.6 °C. Mais ces prédictions ne tiennent pas compte de
tous les aspects liés à l'activité humaine. Ainsi elles ignorent l'effet de refroidissement résultant de la présence de partic-
ules microscopiques en suspension dans l'air. Celles-ci produites, en particulier, à partir de composés soufrés, partielle-
ment produits par l'utilisation des combustibles fossiles, rendent l'atmosphère un peu moins transparente et absorbent
une faible partie de l'énergie qui nous vient du soleil, de l'ordre de 0,5 Wm
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. C'est en fait suffisant pour contrecarrer
une partie du réchauffement du à l'augmentation de l'effet de serre et gommer le désaccord entre prédictions et obser-
vations. Plus convaincante pour le spécialiste est la mise en évidence de toute une série d'indices qui correspondent à
autant d'empreintes attestant que le réchauffement observé n'est vraisemblablement pas uniquement d'origine
naturelle. Ceux-ci s'appuient sur des comparaisons géographiques, saisonnières et verticales du réchauffement, dont les
caractéristiques prédites et observées concordent d'autant mieux que les modèles tiennent compte du rôle de l'effet de
serre et de celui des aérosols et non seulement de causes naturelles de variabilité climatique telles les éruptions vol-
caniques, qui peuvent provoquer un refroidissement notable mais de courte durée, ou les faibles fluctuations de l'activ-
ité solaire. En outre, la prise en compte des aérosols soufrés donne une explication plausible au fait que la température
se réchauffe plus le jour que la nuit car leur effet de refroidissement n'intervient que sur la partie visible du rayonnement
et donc que le jour. Aucun de ces éléments, pris individuellement, ne constitue en soi une preuve mais c'est leur conver-
gence qui a amené les scientifiques à suggérer que l'action de l'homme est déjà perceptible. C'est une conclusion
importante qui, à l'évidence, a joué un rôle clé dans les négociations du Protocole de Kyoto. Suggérer, même avec pru-
dence, que les activités humaines commencent à avoir une influence sur le climat, met désormais le changement clima-
tique au centre des problèmes que notre société aura à affronter en matière d'environnement et lui donne une dimen-
sion socio-économique indéniable.
Le diagnostic s'est affiné entre les rapports GIEC de 1996 et 2001. Tout d'abord le climat a continué à se réchauffer et à
ceci s'ajoute une meilleure connaissance des variations du climat au cours du dernier siècle. Déjà amorcée en 1995, elle
se concrétise par la publication d'une courbe de la variation du climat au cours du dernier millénaire qui doit aux efforts
conjugués de paléoclimatogistes qui ont reconstruit différentes séries climatiques à partir d'approches complémentaires
et de statisticiens qui les ont combinées et en ont extrait une valeur moyenne. Celle-ci reste entachée d'une grande
incertitude (figure 2) mais elle laisse peu de doute : le réchauffement récent sort de la variabilité naturelle. Les modèles
climatiques, qui ont fait beaucoup de progrès, confirment ce diagnostic. Des simulations longues montrent que le
réchauffement des 100 dernières années ne peut vraisemblablement pas être dû uniquement à des causes naturelles. En
particulier, le réchauffement marqué des 50 dernières années ne peut-être expliqué que si l'on tient compte de l'aug-
mentation de l'effet de serre. D'où cette conclusion «il y a de nouvelles et fortes indications qu'une grande part du
réchauffement observé au cours des 50 dernières années est attribuable aux activités humaines». De «peut-être» en
1995, nous voici à «probablement» en 2001. Le camp des sceptiques de l'effet de serre se rétrécit et cette conclusion,
approuvée par le Groupe I au moment de la conférence de La Haye et entérinée dans le rapport de synthèse avant celle
de Marrakech, a eu pour conséquence d'y placer le débat scientifique au second plan ... Dans l'esprit des décideurs,
l'interrogation puis le doute vis à vis de l'action de l'homme sur le climat se sont transformées en quasi-certitude.
Des interrogations qui subsitent
De notre point de vue des interrogations subsistent comme celles liées à l'influence éventuelle des changements de
l'activité solaire ; il nous faudra au moins une dizaine d'années pour transformer ce " probablement " en certitude. Mais
un point extrêmement important est que la réponse à cette question ne préjuge pas de l'ampleur du réchauffement qui
nous attend au cours de ce siècle et au-delà. Même si l'influence de l'effet de serre additionnel était toujours masquée
par la variabilité naturelle du climat, l'augmentation prévue est d'une telle ampleur (de 4 à 8 Wm
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supplémentaires)
qu'un réchauffement significatif peut sans ambiguïté être prédit d'ici la fin de ce siècle. C'est là la quatrième conclusion
du rapport du GIEC qui indique également que de nombreuses incertitudes restent associées à la prédiction de l'évolu-
tion future de notre climat. Avant de les présenter nous revenons, plus en détail, sur la façon dont l'homme modifie et
continuera à modifier la composition de l'atmosphère.
Effet de serre et activités humaines : état des lieux et évolution future.
Sans vouloir négliger l'importance des autres gaz à effet de serre, nous centrerons la discussion sur le gaz carbonique