background image
La place des données de phénologie dans l'étude des changements
climatiques en France
L'impact du changement climatique sur la biosphère
Plusieurs études ont montré que l'impact du changement climatique global était déjà perceptible, notamment au niveau de
la répartition géographique des espèces animales et végétales et de leur phénologie, i.e. de l'apparition de certains événe-
ments biologiques cycliques en relation avec les variations saisonnières du climat (ex : période de floraison, de migration,
etc.,Walker et al. 2001, Parmesan et Yohe 2003). La méta-analyse de Parmesan et Yohe (2003), basée sur des études menées
ces dernières années sur 1600 espèces animales ou végétales, montre qu'au cours du dernier siècle les répartitions géogra-
phiques des espèces (animales et végétales) se sont déplacées en moyenne de 6.1 km/décennie vers le nord ou de 6.1
m/décennie en altitude et que les événements phénologiques printaniers ont avancé de 2.3 j/décennies. Ces études sont
basées sur de nombreuses bases de données couvrant des périodes plus ou moins longues, certaines pouvant remonter au
XVIII
e
siècle. Aucune d'entre elles ne concerne la France.
La phénologie : la place de la France
En ce qui concerne la phénologie, c'est paradoxalement avec une publication française que cette discipline naquit
(Réaumur 1735) ; mais, en dehors du domaine agronomique où la phénologie a toujours été un élément pris en compte
dans l'étude des variétés, en particulier horticoles, très peu de travaux français ont succédé à ceux de Réaumur avant de
très récents travaux de modélisation basés sur des données autres que françaises (e. g. Botta et al. 2000 ; Chuine 2000).
L'absence de la France dans cette discipline est depuis longtemps remarquée, et a même fait l'objet d'une publication
(Klaveness, 1999). Deux programmes européens du 5
e
programme cadre (POSITIVE http://www.forst.tu-
muenchen.de/EXT/LST/METEO/positive/; et EPN http://www.dow.wau.nl/msa/epn/) ont eu pour but de constituer
une base de données phénologiques pour l'Europe et d'organiser les recherches dans cette discipline. Aucune informa-
tion sur le comportement phénologique de la végétation ou de la faune française n'apparaît dans cette base de données.
Cet état de fait est particulièrement préjudiciable à l'effort de modélisation des impacts du changement climatique glo-
bal en Europe puisque la France couvre une surface non négligeable du territoire européen. En outre, la phénologie étant
un caractère très sensible au climat, ce manque de données nous prive également d'éléments importants pour connaître
l'impact de la variabilité climatique en France sur sa faune et sa flore.
Avant que le contexte de réchauffement climatique ne se mette en place et mette en exergue la valeur de telles observa-
tions, les autres pays européens ont su valoriser et tirer parti de leur effort d'observations de la flore et la faune sauvages
et des systèmes agraires, en termes de cartographie bioclimatique, prévisions de la conduite des cultures horticoles et
agricoles. Ce fut notamment le cas en Allemagne, en Suisse et en Italie. Cet effort commencé il y a des décennies chez
nos voisins européens ne s'est jamais arrêté. Il a reçu un support accru ces dix dernières années de la part des instituts de
recherche, ainsi qu'un intérêt accru non seulement de la part du public mais également des systèmes éducatifs avec la
création de nombreux programmes d'observations réalisées par les élèves sur des espèces phares dans différents pays du
monde, avec acquisition et diffusion en direct aux différents participants via Internet (Programme Plantwatch
http://www.devonian.ualberta.ca/pwatch/; Nature calendar http://www.phenology.org.uk/; Journey North
http://www.learner.org/jnorth/; Teh lilac phenology network http://www.uwm.edu/~mds/enanet.html; The
Globe Program http://www.globe.gov/globe_flash.html;
etc). La France ne participe pas à ces programmes.
Les données disponibles : archives et observations actuelles
Malgré tout, la France possède des données sur la phénologie de sa faune et de sa flore. La plupart d'entre elles ont été
réalisées par Météo France à partir des années 1880, mais le réseau d'observation a cessé dans les années 1940 à l'excep-
tion de quelques stations qui ont poursuivi les observations, la dernière ayant cessé en 2001 avec le départ à la retraite
de la personne en charge des observations. Ces données d'archives sont tombées dans l'oubli jusqu'à ce jour. L'ONF a
également réalisé quelques observations qui remontent au début de l'ère industrielle dans certaines de ses stations, mais
de façon discontinue. En revanche depuis 1996, dans le cadre du RENECOFOR, l'ONF a remis en place des observations
dans plusieurs stations. Le reste des observations réalisées en France est le fait d'initiatives personnelles d'amateurs avertis
ou de directeur de jardins botaniques, essentiellement à la fin du XIX
e
siècle, début du XX
e
. La plupart des observations
concernent la végétation, mais certaines concernent également les animaux. Une grosse partie de ces archives, notam-
ment celles de Météo France va bientôt pouvoir en partie être informatisée et analysée grâce à un financement de
Lettre pigb-pmrc France n°16 - Changement global
65