Autre(s) version(s) : 2001
La lecture des données historiques et archéologiques, issues - entre autres - des fouilles effectuées depuis trente ans, révèle le VIème siècle ap. J.-C comme une période où les transformations fonctionnelles des composantes paysagères dans des zones géographiques très différentes sont particulièrement importantes et semblent synchrones (un habitat devient un centre de stockage agricole ou de transformation des produits, que ce soit une villa languedocienne ou une maison villageoise de Syrie du Nord, le drainage naturel d'un terroir agricole se colmate brutalement, les aménagements hydrauliques deviennent multifonctionnels, les variations des ressources en eau infléchissent les modes de gestion des terroirs). Ces réajustements sont indicateurs de mutations, ou structurelles ou conjoncturelles, qui restent encore à définir à ce jour. Parmi les hypothèses jusque là souvent avancées par les historiens ou archéologues, la rupture "climatique ou catastrophique" reste très usitée. - Aussi, pour appréhender, ces phénomènes, il devenait indispensable d'intégrer une véritable démarche naturaliste qui implique la production et le traitement de données paléoenvironnementales. Une confrontation de ces nouvelles données à celles, socio/historiques, devrait ainsi aboutir à une détermination plus précise de la nature des processus acteurs des phases de crises et de stabilité, et ainsi d'évaluer la validité ou l'invalidité des causes climatiques souvent invoquées en dernier lieu. - Nous avons choisi des sites indiscutablement représentatifs de zones climatiques et d'espaces politiques dissociables et bien déterminés. En outre, ces sites présentent des formes de ruptures d'occupation sans équivoque, que ce soit en France méditerranéenne, où l'organisation des grands domaines représentent du point de vue de l'archéologie les formes les plus aisément perceptibles de l'exploitation des campagnes durant l'époque romaine, mais aussi de leur transformation, que ce soit au sein de villes antiques comme Ammaedara/Haïdra en Tunisie ou encore, dans les villages romano-byzantins de Syrie du Nord, dont aujourd'hui les vestiges présentent une conservation exceptionnelle (nombreuses sont les maisons qui s'élèvent encore sur deux étages), et dont l'abandon brutal et global à la fin du VIème s. ap. J.-C., a figé en l'état l'organisation spatiale continue et homogène de cette large région jusqu'au XIXème siècle. La production de nouvelles données passera, ici, par la mise en oeuvre d'analyses sédimentologiques, géochimiques, paléobotaniques et archéozoologiques sur des carottages effectués au cour des régions tests. Au final, ces données accompagnées de datations seront intégrées aux travaux de modélisation paléoclimatique régionale et extra régionale : méthode des biomes, circulation des masses d'air, modèles hydrologique et hydraulique. Un SIG constituera le lieu de normalisation et de confrontation des données, ainsi que de production de simulation des dynamiques de la couverture végétale et de l'occupation humaine. Ce programme devrait aboutir ainsi à une plus grande précision quant à la complexité de l'origine de ces ruptures et une évaluation de la part respective des évènements socio-historiques, des changements climatiques globaux et des phénomènes catastrophiques locaux. Mots clés : VIème s. ap. J.-C., Méditerranée, Proche et Extrême Orient, Déterminisme climatique, Modélisation.
Le premier objectif que l'on se donnera dans le cadre de ce programme est une confrontation des données paléoenvironnementales et socio/historiques afin de préciser la définition des différentes périodes de crises et de stabilités. Le deuxième objectif consiste en la reconstitution des paramètres paléoclimatiques, grâce: 1) à une méthode des meilleurs analogues contraints par les biomes. 2) encore à l'intégration de nos données aux méthodes de restitutions de l'évolution de la circulation atmosphérique.
BARATTE
François
Université de Paris IV - UFR d'Histoire de l'Art et Archéologie
LEVEAU
Philippe
Centre Camille Jullian - Archéologie méditerranéenne et africaine
UMR 6573